Perceptions et stratégies des femmes face aux harceleurs


Alors que l’espace public est un lieu de détente où tout être humain peut flâner, se promener, aller boire un verre, vivre ; l’espace public est différemment utilisé entre les hommes et les femmes. La principale raison de cet usage spécifié est le sentiment de peur qu’éprouvent les femmes. Elles ont peur d’être harcelées, peur d’aller dans un transport en commun bondé où elles seraient susceptibles d’être collées par des « frotteurs », peur d’être abordées par un homme qu’elles ne connaissent pas, peur d’être suivies dans des rues lugubres, peu fréquentées, mal éclairées et étroites et peur d’être violées.

 

Ce sentiment de peur entraîne un instinct de méfiance. Les femmes racontent changer de trottoir lorsqu’il y a un homme près d’elles. Elles disent se retourner souvent pour regarder si elles ne se sont pas suivies sur le chemin de chez elle. D’autres insistent sur le fait qu’elles se font raccompagner chez elles à certaines heures par un ami pour éviter  toute forme d’harcèlement.

Ainsi, elles se limitent dans leurs déplacements, ne fréquentent pas certaines rues, changeant leurs itinéraires. Elles sont amenées à ne pas s’habiller comme elles le souhaitent, certaines d’entre-elles prennent avec elles des vêtements plus couvrants pour rentrer le soir. Les stratégies sont nombreuses tant la peur d’être harcelées des femmes est grande.

 

 

Lors de notre expérience sociologique nous avons vu, en interrogeant des femmes, que deux perceptions face au harcèlement de rue coexistaient. Des femmes interrogées se sont indignées face au harcèlement dans l’espace public qu’elles subissent chaque jour. Elles disent en avoir assez d’être considérées par les hommes comme des « morceaux de viande », ce qui réduit toute leur dignité.           

Néanmoins, d’autres femmes se résignent à dire que le harcèlement de rue est devenu « normal » et qu’aucune campagne de sensibilisation ou de prévention ne fera changer ce fait. Elles décrivent donc le harcèlement dans l’espace public comme faisant partie des mœurs, et donc inévitable.

 


©MathildeC/MathildeB